Nous avons présenté fin septembre une étape de travail au théâtre Les Mazades. C’était la troisième fois (si on compte pour une les trois présentations successives de la Faites de l’Image). Si les deux premières ont été bien accueillies, celle-ci a été moins évidente. Le fait que le public soit si peu nombreux et un problème de connexion en pleine présentation n’ont pas aidé. Mais cela tenait aussi à ce que nous avons présenté. D’un autre côté cette soirée a été très satisfaisante car elle nous a permis de toucher certains sujets au cœur de notre démarche, et d’avancer sur le projet.

Les scènes testées pour la première fois

La restructuration

C’est le nom interne qu’on donne à la prise de parole d’une brebis qui subit la vie moderne et d’entreprise, une brebis qui sous la pression frise la démence, une brebis que la difficulté et l’angoisse de sa propre existence placent bien loin de se préoccuper de ce que vivent de soi-disant démunis. Elle n’a certainement pas le luxe de s’interroger longuement sur sa responsabilité d’occidentale dans la marche du monde.

Une brebis qui subit

Le rôti

Le point de vue de ce mouton-ci est accablant. Il nous résume en pilleurs de la planète, en profiteurs, en exploiteurs qui ont arraché par la force notre confort aux plus faibles. Il se place en juge, nous condamne pour méfait d’égoïsme, de bétise consentie ou de lacheté.

Un extrémiste

Quelle est sa place dans ce spectacle en cours d’écriture ? La parole de ce personnage est violente, d’autant plus qu’elle prend le public à parti. Que peut faire le spectateur ? S’il est d’accord avec le discours a-t’il un autre choix que de se sentir mal à l’aise, impuissant ? Quel intérêt alors ? Nous apprend-il quelque chose de nouveau ? Et si le spectateur est en désaccord a-t’il vraiment une possibilité de réponse ? Oui il peut envoyer un message par son smartphone, mais est-ce suffisant ? Faut-il pousser le personnage à un paroxysme tel qu’il pourrait nous faire entrer dans le tragique, qu’on finirait par entendre, au-delà de son discours et de sa haine, le désespoir qui le meut ?

La chorégraphie de l’impuissance

Une composition dansée, parlée et chantée qui montre des moutons en prise avec le sentiment d’impuissance, d’accablement. Les retours sur ce passages ont été contrastés, allant du “je n’en pouvais plus de vous voir gesticuler” à “c’était beau, ça aurait pû durer, c’est comme si le spectacle commençait là”. Une chose est sûre : pour le chant enregistré en direct et mis en boucle on a encore de la marge de progression ! Aïe aïe aïe les oreilles !

Le travail corporel commence à porter ses fruits

La suite

En somme, des retours assez critiques :

  • De vraies questions posées, qui rejoignent parfaitement celles que nous nous posons.
  • Des sentiments de malaise ou du désaccord face à cet essai.
  • Un bonheur de partager ce moment… très mitigé !

Il semble que nous faisons bien de multiplier les passages en public tout au long de cette création. Il nous faut trouver le juste endroit, l’affiner. Manifestement nous n’y étions pas cette fois. Si nous voulons toucher au cœur de notre sujet avec le plus de vigueur possible, ces expériences et ces prises de risque sont précieuses, nécessaires. Et à chaque fois riches d’enseignements.

Un grand merci à toute l’équipe du théâtre des Mazades qui nous a si bien reçu et offert cette nouvelle occasion d’avancer.