En bref

C’est l’histoire d’un Mouton Noir et d’une Brebis Galeuse. Ils n’en peuvent plus de ce monde, et ils vont faire un malheur!

Deux exaltés qui, plutôt que de monter sur une caisse au coin d’une rue pour admonester la foule, organisent le spectacle de leurs tourments d’occidentaux hégémoniques.

Deux tracassés qui s’emparent de la scène et ses moyens pour enfin dire sans mâcher leurs mots ce qu’ils ont sur le cœur, à grand renfort de médias modernes, de trucages vidéos acrobatiques, de magie numérique, de streaming live, de sondages et de commentaires en direct.

Deux qui aspirent très stupidement au bonheur pour tous, à l’épanouissement, à la liberté, à la justice, des trucs comme ça. Deux qui trouvent le confort trop cher payé, partent en vrille à s’interroger sur leur responsabilité, se débattent avec leurs ignorances, leurs préjugés et leurs nombreuses contradictions.

Deux qui se posent et nous posent la question de la honte, du supportable et de l’insupportable. Et donc logiquement, deux qui vont chercher le rire, l’espoir et le chant pour rester vivants à travers les milles petites morts de l’impuissance et de la démission.

Finalement, deux qui rêvent qu’on s’échappe ensemble, ne serait-ce que le temps d’un spectacle, là où nous sommes encore sensibles, joyeux, et peut-être pas totalement résignés.


#MOUTONS. À la croisée du documentaire en direct, du théâtre multimédia, de la conférence-débat, du happening et du catch !

 

Infos

Durée : 1h15
Public : ados – adultes

Équipe artistique et technique

Direction artistique : Olivier Tarasse – Compagnie Junipère
Création et interprétation : Sarah Cousy, Olivier Tarasse
Installation sonore, création lumière, régie : Paulin Brisset
Construction écrans modulables : Franck Breuil
Conception et programmation systèmes vidéos interactifs : Olivier Tarasse

Production

Comme Une Compagnie
En coproduction avec La compagnie Junipère

Partenaires au bas de cette page.

 

La démarche en détail

Les joies de la gambade

Mouton Noir et Brebis Galeuse, c’est toi et c’est moi. Ou bien elle, ou peut-être lui, ou encore elle là-bas, ou elle, elle, lui ou lui.

Au début tu n’étais pas galeuse, et je n’étais pas noir. D’ailleurs nous n’étions pas des moutons. Nous étions des enfants. Nous souhaitions naïvement le bonheur pour tous, l’épanouissement, la liberté, l’égalité, la justice, des trucs comme ça. Tranquillement, comme dans les jolies histoires. Nous ne nous pensions pas utopistes, alors, de désirer tout cela. D’ailleurs nous ne connaissions pas encore le mot.

Puis nous avons grandi. On nous a raconté l’Histoire. Nous avons vibré. Nous nous sommes indignés à ces incroyables récits de génocides, de purifications ethniques, de purges politiques, d’exploitation des plus faibles, d’esclavagisme. Nous sommes restés ébahis de tant de violences, d’injustices, de misères. Nous n’en croyions qu’à peine nos mignonnes petites oreilles, notre esprit se révoltait. Nous intégrions douloureusement la propension humaine à la haine, la domination et l’égoïsme.

Heureusement nous avions aussi la révolution française, la démocratie, la déclaration des droits de l’homme, Touche pas mon pote, les chansons humanitaires, Loin du cœur et loin des yeux l’Éthiopie meurt peu à peu. Nous avons soupiré de soulagement : nous faisions partie des gentils, nous pouvions encore gambader gaiement dans les champs de la conscience tranquille.

Je pense donc je suis... c'est le verbe suivre ?

La honte

Le problème particulier d’être un mouton aujourd’hui, c’est l’information. Il est devenu horriblement difficile de moutonner en paix.

Un clic mal avisé et vous voilà à écouter une conférence vous expliquant les mécanismes de la fabrique du consentement dans les démocraties, que justement votre propre état n’est pas une démocratie mais une oligarchie, et que la finance gouverne désormais le monde. Un autre clic et c’est une analyse sur l’hégémonie occidentale, la colonisation, puis la décolonisation, l’ingérence, la dette si commode des pays « en voix de développement », sans parler des guerres menées par intérêt sous couvert de défense de La Liberté.

Un moment d’inattention et – bing – c’est maintenant un reportage sur les pesticides, les maladies des ouvriers, les enfants qui travaillent 12 heures par jours à fabriquer nos smartphones, les cancers des habitants de tel village africain situé à côté d’une de nos décharges de composants électroniques, les enfants – encore – qui meurent de la faim ou de ses conséquences immédiates au rythme d’un toutes les 5 secondes alors qu’on aurait assez pour nourrir tout le monde. Et si vous avez de la chance il n’y aura pas les photographies.

C’est trop, vous étouffez, vous sortez vous aérer au cinéma. Suivant les conseils avisés de quelque ami soi-disant bienveillant vous voilà devant We Feed the World, Les Nouveaux Chiens de garde ou Merci Patron. Ah ! Pas mal celui-là, au moins il finit bien.

De lien en lien, d’interview en reportage, de documentaire en émission télévisée : c’est l’engrenage, la pente fatale, vous vous retrouvez même à bouquiner.

Fini la tranquillité d’esprit : En quoi suis-je, moi simple petit mouton ou brebis, complice, responsable ?

Tous autant que nous sommes, enfants d’alors, de combien d’injustices détournons-nous à présent le regard ? À combien de situations inacceptables nous sommes-nous résignés ? Combien de souffrances tolérons-nous ? Jusqu’où avons-nous étouffé, réprimé en nous l’empathie, engourdi nos cœurs, anesthésié nos consciences, renoncé, démissionné ? À combien de misères inhumaines contribuons-nous, jour après jour, par le simple fait de consommer, de participer ? De quel prix d’indignité et de honte payons-nous les concessions nécessaires à vivre sans nous révolter ?

Une image de la honte

Sinon donner foi en l’Homme, au moins nous le (re)faire aimer

En tant qu’individus nous n’avons pas de solution à proposer aux problématiques rappelées ci-dessus. N’étant spécialistes ni de politique, ni d’économie, ni d’histoire, ni de sociologie, ni de philosophie, nous ne pouvons pas même prétendre assurer que les critiques évoquées plus haut sont totalement fondées et inattaquables. Nous sommes en proie aux doutes, à l’incertitude. Nous subissons la situation, confrontés à nos contradictions, nos acquis culturels, nos limites et notre sentiment d’impuissance à changer les choses.

Comme artistes, par contre, nous pouvons nous emparer du sujet, témoigner, donner forme scénique à ce qui nous habite et nous meut. Jouer de ce que nous sommes, nous et nos contemporains.

Nous souhaitons livrer au regard deux individus, un Mouton Noir et une Brebis Galeuse, au point le plus exposé d’eux-mêmes, en prise avec leurs aspirations, la réalité, leurs impuissances et leurs contradictions. Magiquement délivrés par la scène des convenances, des conventions et des politesses, ils laisseront éclater leurs rages, leurs désespoirs, leurs accablements. Nous les voulons pris de vertige, égarés dans leurs états d’âme, des abîmes de la misanthropie la plus corrosive aux lumineux sommets de l’utopie, affamés d’espoir et de justice, en quête frénétique d’altruisme, embourbés dans les marécages de l’auto-apitoiement. Nous tenterons de les porter à ébullition, là où on ne peut que s’attendrir de les voir si passionnés, vibrants, entiers, contradictoires, sincères : humains sur scène, offerts au regard d’autres humains, pour nous rappeler ce que nous sommes, rafraîchir en nous l’idée de ce que nous pouvons être.

Serait-il possible, le temps d’un spectacle, d’ôter notre masque d’indifférence, de pleurer le monde ensemble, de nous indigner ensemble, de hurler ensemble ? Et de rire, aussi, de rire beaucoup, pour faire passer la pilule de ces graves sujets ? Pourrions-nous croire, ne serait-ce que de la façon la plus éphémère et fugace, que nous aspirons tous profondément à changer les choses, et qu’un jour pas trop lointain de préférence nous y arriverons ?

Je pense donc je suis... c'est le verbe suivre ?

À quoi cela va-t-il ressembler ?

Un cabaret des états d’âme

Tout au long du spectacle, Mouton Noir et Brebis Galeuse errent à travers leurs différents états d’âmes, se débattent en quête de réponses, de solutions, d’optimisme. La dramaturgie avance par autant de tableaux, chacun possédant sa forme propre, son style original, aussi variés que des numéros de cabaret : engagement corporel et vocal, personnages, textes, chants, multiples et inventives acrobaties vidéos.

En images

Actuellement en pleine création nous ne pouvons raconter le spectacle, bien sûr. Mais nous pouvons dire que dans l’idée il ressemblera à ceci :

Nous commençons avec Brebis qui, de son ton le plus pédagogique et fleuri, enregistre pour les enfants du futur un tutoriel youtube leur expliquant comme c’était avant que l’humanité ne prenne conscience que le bonheur ne peut être que collectif, à quel point c’était atroce et différent, mais qu’il leur faut comprendre et non pas juger.

C’est ensuite la réalisation à vue d’un film d’animation à la Michel Goundry, trucages de bric et de broc, pour donner à voir les tourments intimes de Mouton, comme par un Nicolas Hulot miniature qui serait descendu caméra au poing filmer les fins fonds de sa psyché.

Nous enchaînons avec une éloquente reprise heavy metal de Meunier tu dors, métaphore de l’assoupissement général des consciences. S’ensuit une diatribe contre le dévoiement du langage médiatique, une copieuse engueulade entre brebis et son poste de radio, le tout dégénérant en une manifestation de clones vidéos vitupérant après tout ce qui les insupporte, le public contribuant à inventer des slogans.

Une manifestation de clones exédés

Puis nous verrons jusqu’où il est insoutenable et potentiellement destructeur pour l’individu de cumuler un fort sentiment de responsabilité et d’impuissance. Exaspéré, révolté, Mouton perdra toute mesure et condamnera l’ensemble du genre humain dans les termes les plus durs. Il faudra bien que Brebis ou le public le ramène à la raison.

Brebis règle son compte à Mouton le misanthrope

Perdus que nous sommes dans les complexités du monde moderne, nous aurons néanmoins le privilège de bénéficier personnellement des directions philosophiques de grands personnages tels que le Dalaï-Lama, Karl Marx, Gandi et Adolf Hitler. Ils sont tous d’accord, et c’est ça qui est bien.

Le Dalaï-Lama présent en personne

Le paroxysme de l’angoisse de Mouton se résoudra en immolation par le feu. L’espoir reviendra quand Brebis partagera avec nous le contenu secret de ce qu’elle nomme sa collection d’espérances, et nous trouverons éventuellement consolation à l’occasion d’un lamento baroque sur la misère du monde, images terribles à l’appui, qui nous laissera les yeux humides mais le cœur apaisé.

Le spectacle navigue ainsi du burlesque au tragique, du sincère au parodique, de la parole nue aux formes les plus stylisées. Il est riche des apports du théâtre contemporain tout en prenant grand soin d’être décontracté et accessible à un large public. Il prétend sur ce dernier point égaler ce que réussi souvent si bien le nouveau cirque, discipline par laquelle Olivier Tarasse a d’ailleurs commencé sa carrière et dont il a su retenir l’apport.

Acrobaties numériques

Les tableaux du spectacle proposent des formes inédites et souvent spectaculaires sur le plan technique, tout en restant fidèlement assujetties au propos. Les acteurs jonglent à vue avec images, caméras, ordinateurs et programmes originaux, retrouvant par là l’attrait et l’émotion bien spécifiques que procure au public la réalisation maîtrisée d’une prouesse, d’un exploit, avec sa part de risque d’échouer.

Enfin du travail de vidéaste en interaction véritable avec le théâtre, merci !

Le Clou dans la planche – Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon – février 2016

Spectateurs, acteurs, tous dans le même bateau

La place du spectateur est une dimension importante du spectacle, Mouton Noir et Brebis Galeuse n’étant que deux représentants de la population, deux gugusses aux émotions un peu plus exacerbées que la moyenne. Le lieu de la représentation se veut donc agora plutôt que salle de spectacle, avec son habituelle séparation salle / plateau.

Le rapport au public

Au début du spectacle, puis régulièrement quand ils s’adressent au public, les deux acteurs sont filmés et apparaissent en direct sur des écrans de projection vidéo. Ils sont donc simultanément présents en chair et en os et en gros plan à l’écran. Leur présence réelle sur le plateau permet la relation directe et vivante avec les spectateurs, tandis que la projection de leurs visages semble annuler la distance. Grâce à cette projection les spectateurs peuvent les scruter de près, et chacun d’entre eux à l’impression qu’on s’adresse à lui en particulier (en effet, la particularité de l’image vidéo d’un visage filmé en gros plan alors qu’il regarde la caméra est que chaque spectateur se sent regardé dans les yeux, quelque soit la place d’où il regarde). De plus, des microphones et une sonorisation permettent aux acteurs d’échapper aux contraintes vocales qui vont de pair avec la scène de théâtre conventionnelle, et d’adopter une élocution très libre, naturelle. L’effet de proximité, d’une adresse intime, en est renforcé. Le spectateur a sous les yeux deux humains, accessibles, présents, qui s’adressent à lui, témoignent, exposent, réfléchissent, se confient, s’interrogent, l’interrogent.

Passons un moment ensemble – Un public « pas sage »

L’accueil, l’atmosphère créée, la relation installée entre l’équipe et le public tendent tous à créer un climat vivant, houleux et participatif. Le public a la place de réagir, il est sollicité en ce sens. Il peut s’exclamer, s’insurger, applaudir en plein spectacle, huer. Avec son téléphone portable, il écrit des commentaires à propos de ce qui se passe sous ses yeux, et ces commentaires sont projetés tels quels pendant le spectacle. Il peut téléphoner à un standard pour poser des questions, s’exprimer, témoigner, comme dans les émissions de radio. Il peut en permanence, toujours avec son téléphone, donner « une note » à ce qui est dit, ce qui se passe, pour faire savoir son degré d’approbation ou de désapprobation.

Les réactions des spectateurs lors d'une étape de travail publique



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